Les types psychologiques ont-ils une base neurologique ? Et comment les principes de la théorie polyvagale peuvent-ils améliorer notre manière de communiquer ? Sur cette page, nous reprenons les types psychologiques décrits par Jung et les types de l’Ennéagramme, et nous les lisons à travers la théorie polyvagale. Connaître ces éléments est essentiel pour une communication qui repose sur des concepts neurologiques solides.

Lorsque nous abordons les types de personnalité, nous partons d’un point que nous avons développé pendant de nombreuses années : les mouvements des mains et les postures du corps. Beaucoup de textes parlent de « se connecter aux autres », de « comportement dominant » ou d’« isolement », mais ils restent abstraits et ne décrivent pas la communication non verbale qui les accompagne. Quels gestes expriment la connexion ? Lesquels expriment l’isolement ? La question est importante, car notre mode de communication principal est non verbal, et les mots prennent leur sens à partir de lui.
Notre approche est originale, mais elle rejoint les travaux de plusieurs auteurs. L'une d'eux est Virginia Satir, thérapeute familiale qui a décrit des postures typiques au sein des dynamiques familiales. Nous les relions aux mouvements des mains : accusatrice (proche du « Blamer » de Satir), conciliante (proche de son « Placater ») et sur-rationnelle (proche de son « Computer »). Bandler et Grinder, les pionniers de la PNL, ont eux aussi considéré ces types dans leur analyse des attitudes et les ont associés aux canaux sensoriels : respectivement visuel, auditif et kinesthésique.
Bien que nous nous référions à Satir, notre attention porte sur le niveau non verbal. Nous nous appuyons ici sur des chercheurs italiens comme Benemeglio, qui a travaillé exclusivement sur les aspects non verbaux, tandis que notre propre analyse se situe sur un autre plan.
Un constat se détache : dans la communication non verbale, on peut identifier trois tendances fondamentales de l’attitude communicative, une thèse soutenue par plusieurs auteurs. Ces attitudes correspondent à la théorie polyvagale et à sa neurologie. Les gestes d’acceptation et de lien, présents dès la petite enfance, sont liés à l’activation vagale, c’est-à-dire à la branche apaisante du nerf vague qui soutient le système d’engagement social (Porges, 2007). Les gestes d’accueil, comme une posture ouverte, sont essentiels à la co-régulation, le processus par lequel deux systèmes nerveux s’apaisent mutuellement. Les travaux empiriques de Meaney et de ses collègues (Champagne, 2008 ; Meaney, 2001) sont ici significatifs : en étudiant le comportement maternel chez le rat, et par extension chez l’humain, ils ont montré comment le contact tactile précoce façonne les systèmes de gestion du stress d’une personne et sa capacité à faire face au stress tout au long de la vie. L’expérience tactile précoce compte (Champagne, 2008 ; Meaney, 2001).
Les comportements d'autocontact, souvent observés dans des situations d'isolement, se manifestent chez l'adulte par le grattage ou le « blocage », par exemple en serrant une partie de son propre corps. Les études montrent que l'autocontact est une forme d'autorégulation (Landau et al., 2003 ; Toda & Fogel). Moszkowski et Stack (2007) ont observé que les nourrissons se touchent davantage lorsque la mère n'est pas disponible, avec des contacts actifs, réactifs et apaisants ; lorsque la mère est disponible, ils la touchent et utilisent davantage de contacts passifs. Le comportement tactile change selon la disponibilité sociale.
Enfin, les gestes agressifs, comme pointer du doigt ou saisir brusquement, sont clairement liés à la défense ou à l'attaque. Dans la théorie polyvagale, ils sont associés à l'activation sympathique, l'état de mobilisation pour le combat ou la fuite.

L'Ennéagramme est un modèle de la psyché humaine composé de neuf types de personnalité interconnectés. Il offre un éclairage précis sur nos émotions et nos motivations. Lorsque nous le combinons avec les types jungiens et avec la théorie polyvagale, nous obtenons une compréhension plus profonde de la personne. Nous décrivons ci-dessous les neuf types de l'Ennéagramme, leurs équivalents jungiens tels qu'identifiés par la recherche statistique, et leur relation avec les états de notre système nerveux décrits par la théorie polyvagale.
Type 1 : le Réformateur et le type ISTJ
Les Type 1 de l’Ennéagramme, les Réformateurs, incarnent l’ordre et l’idéalisme. Ils correspondent au type jungien ISTJ (Introverti, Sensation, Pensée, Jugement), qui donne la priorité à la structure et au devoir. En termes polyvagaux, un Type 1 en bonne santé présente un état vagal ventral équilibré, la branche du nerf vague liée au calme et à l’engagement social. Sous stress, il peut basculer dans un état sympathique élevé, avec des tendances obsessionnelles-compulsives. Dans cette activation accrue, sa quête de perfection devient implacable et conduit souvent à la rigidité (activation vagale dorsale, la branche liée à l’effondrement et à l’immobilité) et à une attitude critique.
Type 2 : l’Aidant et les types ENFJ/ESFJ
Les Type 2, les Altruistes, sont attentionnés et orientés vers la relation. Ils correspondent aux types sentiment extraverti de Jung, ENFJ et ESFJ. Ils présentent naturellement une forte activité vagale ventrale, qui soutient une connexion profonde et l'empathie. À leur extrême pathologique, ils peuvent connaître une activation sympathique dérégulée, qui s'exprime par des comportements manipulateurs ou histrioniques. Leur désir d'être aimés et appréciés peut alors se transformer en une peur de l'abandon qui les entraîne dans des schémas relationnels malsains.
Type 3 : le Battant et les types ESFP/ENFP
Les Type 3, les Battants, sont orientés vers la réussite et partagent la nature adaptable et ingénieuse des types jungiens ESFP et ENFP. Ils présentent un état sympathique équilibré, qui les pousse vers les objectifs et l’efficacité. Dans un état sympathique élevé, leur recherche de validation peut devenir narcissique ou grandiose : la peur de l’échec et le besoin d’admiration prennent le pas sur leur moi authentique.
Type 4 : l’Individualiste et les types INFP/INFJ
Les Type 4, les Individualistes, sont introspectifs et correspondent souvent aux types jungiens réfléchis et idéalistes INFP et INFJ. Ils maintiennent généralement un état vagal ventral élevé, qui permet une expérience émotionnelle intense et une expression créative. Sous un stress important, ils peuvent sombrer dans un état vagal ventral bas associé à la dépression : la profondeur de leurs sentiments se tourne vers l’intérieur et les isole du soutien dont ils ont besoin.
Type 5 : l’Investigateur et les types INTP/ISTP
Les Type 5, les Investigateurs, correspondent aux types jungiens analytiques INTP et ISTP. Au meilleur d’eux-mêmes, ils fonctionnent dans un état vagal ventral équilibré, qui reflète leur capacité de détachement et d’analyse attentive. Lorsqu’ils sont submergés, ils peuvent se retirer dans un état vagal dorsal élevé, typique des comportements d’évitement. Cette réponse de « figement » peut conduire au retrait social et à un sentiment d’isolement plus profond.
Type 6 : le Loyaliste et les types ISFJ/ISTP
Les Type 6, les Loyalistes, sont les chercheurs de sécurité engagés de l’Ennéagramme. Ils correspondent souvent aux types jungiens ISFJ et ISTP, qui combinent la sensation introvertie avec la pensée ou le sentiment. En équilibre, les Type 6 présentent un tonus vagal ventral élevé, qui rend possibles la confiance et la coopération. Face à une menace, ils peuvent connaître une activation sympathique dysrégulée, avec des comportements paranoïaques ou excessivement anxieux. Ce basculement reflète le conflit du Loyaliste entre la recherche de sécurité et l’abandon à la peur, souvent en imaginant les pires scénarios comme défense.
Type 7 : l’Enthousiaste et le type ENTP
Les Type 7, les Enthousiastes, recherchent la joie et correspondent au type jungien innovant et extraverti ENTP. Ils s’épanouissent dans un état vagal ventral élevé et abordent la vie avec optimisme et curiosité. Lorsqu’ils se sentent piégés ou souffrent, ils peuvent glisser vers un état sympathique élevé aux tendances maniaques. C’est la tentative de l’Enthousiaste d’échapper à l’inconfort par une stimulation et une nouveauté constantes, en évitant souvent un travail émotionnel plus profond.
Type 8 : le Challenger et les types ESTP/ENTJ
Les Type 8, les Challengers, incarnent la force et l’affirmation de soi et correspondent aux types jungiens ESTP et ENTJ, énergiques et dynamiques. Dans leurs meilleurs moments, ils fonctionnent dans un état sympathique équilibré et utilisent leur énergie pour protéger et diriger. Lorsque leur contrôle est menacé, ils peuvent basculer dans un état sympathique élevé, avec des comportements agressifs ou conflictuels. Cette réaction révèle la vulnérabilité profonde du Challenger, cachée derrière une apparence d’invincibilité.
Type 9 : le Pacificateur et le type ISFP
Enfin, les Type 9, les Médiateurs, trouvent leur équivalent jungien dans le type ISFP, doux et conciliant. En harmonie, les Type 9 présentent une forte activation vagale ventrale, qui favorise la paix et la compréhension. En situation de conflit, ou lorsqu'ils se négligent eux-mêmes, ils peuvent glisser vers un état vagal dorsal élevé, marqué par la passivité ou des tendances dissociatives (le sentiment d'être détaché de soi-même). Cette réponse est le retrait du Médiateur face à la tension : il réduit sa propre présence pour préserver la paix autour de lui, au détriment de ses propres besoins et désirs.

Voici la base statistique utilisée pour la corrélation entre le MBTI et l'Ennéagramme.

Il s’agit d’un rapprochement provisoire, que nous approfondissons dans les pages suivantes.

La PNL3 (Programmation Neuro-Linguistique de troisième génération) marque une avancée significative dans la compréhension de la communication et de la psychologie humaines. Il y a une vingtaine d’années, j’ai participé à l’introduction de la PNL en Italie. À l’époque, la PNL se concentrait sur les canaux sensoriels visuel, auditif et kinesthésique. Par l’expérience et la pratique, en observant des centaines de personnes et en intégrant d’autres approches qui reconnaissaient elles aussi trois canaux principaux, j’ai vu la nécessité d’aller plus en profondeur. Cela m’a conduit à l’Ennéagramme, dont j’ai constaté qu’il pouvait être intégré à la PNL : c’est ainsi qu’est née la PNL3.
La PNL3 offre une vision plus large et plus détaillée de la communication : elle identifie la « posture communicative » d'une personne, et non seulement le canal sensoriel. C'est bien plus puissant, car cela relie les styles et comportements de communication à des stratégies et à des mouvements spécifiques, comme ceux des mains. J'ai remarqué que l'activité et le mouvement étaient des indicateurs clés des types sensoriels : les « visuels » tendaient à être plus actifs et orientés vers l'action, les « auditifs » plus réflexifs et détachés, et les « kinesthésiques » plus orientés vers le social et connectés aux autres.
Ces observations m'ont montré que s'appuyer uniquement sur les canaux sensoriels était limitant, tout comme la PNL elle-même, car il était possible d'obtenir bien davantage. J'en suis venu à reconnaître que le canal prédominant d'une personne peut découler d'une disposition innée : vers l'action (l'attitude indicative, qui se transforme en attaque sous l'effet du stress), vers la réflexion (l'attitude super-logique) ou vers la connexion sociale (l'attitude propitiatoire). La préférence sensorielle apparaît alors comme un élément dérivé plutôt que comme l'origine.
Nous observions ces trois schémas de gestes et de postures dans notre pratique depuis des années avant que je découvre la théorie polyvagale. Lorsque je l’ai découverte, j’ai vu qu’elle les explique de manière cohérente : chaque style de communication correspond à un état d’activation du système nerveux, l’attaque (visuels), la distance (auditifs) et la connexion sociale (kinesthésiques). Cette approche multidimensionnelle a beaucoup enrichi notre compréhension des dynamiques interpersonnelles et nous a donné des outils plus efficaces pour la communication et la thérapie.
En bref, l’intégration de la PNL3 et de la théorie polyvagale donne naissance à une approche nouvelle que nous pourrions appeler communication neurovagale. Elle représente un saut qualitatif dans la compréhension de la communication, car elle réunit les aspects sensoriels, comportementaux et neurologiques dans un cadre cohérent qui respecte la diversité de l’expérience humaine.

Le parcours qui mène de la Programmation Neuro-Linguistique (PNL) à la théorie polyvagale, puis à la PNL3, offre une nouvelle lecture des canaux sensoriels ainsi que des stratégies de communication et de défense de chacun. La PNL, ancrée dans les techniques de communication et les processus de changement, rejoint la théorie polyvagale en un point intéressant : l'œuvre de Virginia Satir, connue pour sa contribution à la thérapie familiale et source d'inspiration pour les pionniers de la PNL. La PNL3 permet de réunir ces approches.
Virginia Satir a identifié plusieurs styles de communication au sein des dynamiques familiales, notamment :
Le Blâmeur ou Accusateur : sous stress, cette personne devient agressive et tend à attaquer, en affirmant ce qu'elle croit juste. En PNL, ce style a été associé au canal visuel, car la personne se concentre sur ce qu'elle perçoit comme des injustices ou des erreurs.
Le Super-Raisonnable : cette personne garde une posture détachée et se réfugie dans la logique comme défense. Sa communication révèle une distance émotionnelle et une analyse froide des faits.
Le Conciliateur : cette personne évite le conflit à tout prix, en donnant raison aux autres et en acceptant leurs opinions pour préserver l'harmonie. Il s'agit, là aussi, d'un mécanisme de défense.
La théorie polyvagale de Stephen Porges offre un cadre pour comprendre ces stratégies comme des réponses du système nerveux :
L'Accusateur peut présenter un « état mixte », dans lequel l'activation sympathique (disposition à l'action et au combat) coexiste avec l'activation dorsale (rigidité, retrait possible). Cette combinaison produit un comportement agressif, d'attaque.
Le Conciliateur peut représenter un autre « état mixte », avec une coactivation du système vagal ventral (qui soutient la connexion sociale et le calme) et du système dorsal (qui peut entraîner une certaine déconnexion ou soumission). Il en résulte un comportement conciliant visant à préserver la paix.
Le Super-Raisonnable peut correspondre à une activation à prédominance dorsale, dans laquelle prévalent le détachement et la déconnexion. Il en résulte un comportement froid et analytique, éloigné de l'implication émotionnelle.
Ces corrélations entre les stratégies de communication de Satir et les concepts de la théorie polyvagale montrent à quel point nos états physiologiques façonnent notre manière d'interagir. Comprendre ces dynamiques nous permet de développer des stratégies plus efficaces de régulation émotionnelle et de communication, dans les contextes thérapeutiques comme dans la vie quotidienne.

La théorie polyvagale nous donne un cadre pour lire la neurologie qui sous-tend certaines attitudes et certains comportements. En examinant les différents types de personnalité, nous pouvons comprendre la base neurologique d’actions spécifiques. Les descriptions de la personnalité disent souvent que certaines personnes sont très actives tandis que d’autres sont plus passives ou réceptives. Nous pouvons traduire cela en activation du système sympathique et du système parasympathique (vagal), y compris la branche vagale dorsale. Cela offre un autre regard sur les types de personnalité, avec un avantage : il ne dérive d’aucun système particulier et peut donc servir à interpréter n’importe quel système. C’est comme si nous avions trouvé le plus petit dénominateur commun derrière chaque nombre.
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Notes de recherche
Une sélection d'études évaluées par des pairs sur la théorie polyvagale et la fonction vagale, qui offrent une lecture scientifique des thèmes abordés dans cet article.
Porges SW (2009). The polyvagal theory: new insights into adaptive reactions of the autonomic nervous system. Cleveland Clinic Journal of Medicine, 76(Suppl 2), S86-S90. Synthèse concise qui propose que la connexion visage-cœur du vague des mammifères forme un système d'engagement social par lequel l'interaction sociale peut influencer l'état viscéral ; elle offre un cadre pour lire les styles comportementaux comme des stratégies autonomes. https://doi.org/10.3949/ccjm.76.s2.17
Thayer JF, Lane RD (2000). A model of neurovisceral integration in emotion regulation and dysregulation. Journal of Affective Disorders, 61(3), 201-216. Le modèle de l'intégration neuroviscérale relie les systèmes autonome, attentionnel et affectif et interprète l'activation sympathique excessive comme un défaut de contrôle inhibiteur ; il offre une grille de lecture physiologique pour des schémas stables de réactivité émotionnelle. https://doi.org/10.1016/s0165-0327(00)00338-4
Beauchaine TP (2015). Respiratory sinus arrhythmia: a transdiagnostic biomarker of emotion dysregulation and psychopathology. Current Opinion in Psychology, 3, 43-47. Beauchaine passe en revue des données selon lesquelles une faible arythmie sinusale respiratoire et un retrait vagal excessif face à une sollicitation se retrouvent dans de nombreuses formes de dysrégulation émotionnelle, notamment les troubles de l'attention et l'hostilité, et les relie au contrôle préfrontal. https://doi.org/10.1016/j.copsyc.2015.01.017
Balzarotti S, Biassoni F, et al. (2017). Cardiac vagal control as a marker of emotion regulation in healthy adults: a review. Biological Psychology, 130, 54-66. À partir de l'examen de 135 articles, les auteurs indiquent qu'un contrôle vagal cardiaque de repos plus élevé tend à s'accompagner d'une meilleure régulation à la baisse des affects négatifs et d'une réponse émotionnelle plus flexible, tout en relevant des résultats contradictoires selon les méthodes. https://doi.org/10.1016/j.biopsycho.2017.10.008